Projets en peinture
 

Mon travail en peinture porte sur la présence humaine, plus particulièrement, celle au comportement atypique, aux motivations ambiguës et inintelligibles. Je cherche à brouiller les repères afin d'empêcher le spectateur de se réfugier dans la symbolique pour plutôt l'orienter vers une expérience phénoménologique des caractéristiques visuelles de l'œuvre (matière, couleur, formes, composition, etc.), mais aussi de l'expression non verbale (corporelle et sociale), perceptible à même la personnalité des figures présentes. Je parle ici d'expérience phénoménologique, car les figures s'adressent à la faculté d'empathie du spectateur qui, par des processus corporels très complexes, arrive à se projeter dans les corps représentés non pas par l'analyse de signes, mais par des ressentis. Autrement dit, les figures humaines ont la possibilité d'affecter le corps du spectateur au même titre que la couleur le fait pour les yeux.

 

Étant neuro-atypique, je me suis construit à partir d'une perception très immédiate du monde d'où, sans doute, ma presque insensibilité à ce que renvoie un symbole. Il en va de même pour mon rapport à autrui que je vis, bien malgré moi, davantage en spectateur qu'en acteur. Cela constitue la base de cette démarche artistique. Je n'en parle pas explicitement dans mes œuvres parce que je n'y verrais qu'une illustration sans consistance. Il arrive qu'un titre d'exposition porte le nom d'un trouble neurologique ou qu'un projet s'oriente vers ce type de sujets, mais celui-ci reste un arrière-plan ouvert sur lequel se créent librement des œuvres que je souhaite singulières et dont le sens fait preuve d'une plasticité flexible comme celle d'un cerveau qui s'adapte à son environnement. Sur cette toile de fond, j'organise la matière colorée à coup d'accidents et de contrepoids visuels comme s'il s'agissait d'un écosystème à la recherche de son équilibre.

 

Lorsque tout me semble s'être mis en place et que les différents éléments visibles se mettent en valeur les uns par rapport aux autres, il ne me reste qu'à espérer que leur pure présence saura, comme elle le fait pour moi, ébahir par le même mystère que celui qui enveloppe une vague qui a traversé l'immensité de l'océan pour s'échouer à nos pieds.